Joss était une femme
Nous étions là dans la cuisine, toutes les deux, loin des autres. 3 heures du matin sur la montre, Duke Ellington à la stéréo (Depuis quand aime-t-elle le jazz?) Duke Ellington donc, sur une musique au goût du temps, bleue, profondément bleue, tandis que nous buvions en silence comme deux vieilles actrices dans leur cuisine. Ex amies, ex petites-amies. S'il y'a quelqu'un dans sa vie? Elle répond:"non". Mais je saurai plus tard qu'elle a menti. Elle me retourne la question. Si j'ai quelqu'un ? Oui. (une fille qui me tient à coeur bien qu'elle n'ait pas ton sourire. Normal. Elle n'est pas toi. Il faut bien faire des choix n'est-ce pas?) Silence. Nous parlons de l'été 2003. Le plus beau, le plus triste. Celui de notre amour (magique) et de notre guerre (pathétique). "Il y'a eu des morts, tu te rappelles..". Oui: l'excès de chaleur ou de solitude... Elle partira, peu après l'aube avec les premiers métros, les gens qui marchent sous la pluie, silencieux. Puis les autres.
Mais elle partira en oubliant ce livre sur un certain Joss Moody, célébrissime trompettiste de jazz qui meurt, un 21 juillet. Stupeur générale. Non à cause de sa mort (quoi que) mais de cette nouvelle, cette révélation, ce scoop (il y'a une journaliste dans l'histoire): Joss était une femme, et seule son épouse le savait. "Il a l'air bien plus mince à présent, avec tous ces vêtements en moins. Cela m'excite de regarder cet homme se déshabiller pour moi. Sous le maillot de corps, sa poitrine est entourée de nombreux bandages. (...) Il devrait savoir que mon amour est plus profond qu'une blessure(...) Tu n'as pas besoin de me montrer lui dis-je... Je m'approche de lui pour le prendre dans mes bras. Je n'ai pas terminé, dit-il. Il continue de dérouler ces bandages qui n'en finissent pas..."
Le trompettiste était une femme, par Jackie KAY